Sous la domination turque

Maestro Boucicaut

Durant cette période, le centre du pouvoir du monde islamique s'est déplacé de la dynastie des Mamelouks d'Égypte aux Turcs ottomans. La flotte turque a ravagé toute la Méditerranée. Ils ont conquis l'île de Rhodes et occupé le Moyen-Orient. Pendant ce temps, Constantinople devint le siège du pouvoir turc. Les Grecs, profitant de l'avantage d'être des sujets ottomans, ont essayé d'expulser les Franciscains de leur position privilégiée et de devenir ainsi les maîtres du Saint Sépulcre. Lors de la prise de Constantinople en 1453, Mahommed II avait alors déclaré que le Patriarche grec de Constantinople était le chef civil et religieux de tous les chrétiens d'Orient vivants dans son empire. Le Patriarche Théophane, avec l'aide de l'archidiacre Grégoire, a obtenu en 1633 un décret pré-daté d'avant l'époque d'Omar (638) qui lui conférait la propriété de la Grotte de la Nativité, du Calvaire et la Pierre de l'Onction du Saint-Sépulcre.
Grégoire a reconnu qu'il avait falsifié le document, et le pape Urbain VII réussit à faire retirer le document en 1636. L'argent et les intrigues de palais transformèrent l'église du Saint Sépulcre en un précieux trophée que le sultan attribuerait au plus offrant. Entre 1630 et 1637, sous Murad IV (1623-1640), les différentes parties de la basilique changèrent de "propriétaire" jusqu'à six fois. Nul doute que les Franciscains n'auraient pas pu soutenir longtemps cette lutte sans l'intervention énergique de la France, qui s'était faite alors protectrice officielle des Lieux Saints et de leurs gardiens. Pendant l'emprisonnement des Franciscains (1537-1540), les Coptes ont obtenu par le gouvernement turc l'emplacement derrière l'autel et y ont érigé une petite chapelle. Le tremblement de terre de 1545 a fait tomber une partie du clocher qui soutenait la chapelle du baptistère.
En 1555, le Père Boniface de Raguse, Custode de Terre Sainte, a été autorisé à procéder à des restaurations de la basilique et à construire un nouvel Edicule. Il s'agissait d'une restauration de grande importance et le franciscain a laissé à ce sujet une description détaillée des travaux accomplis. Il s'etait passé quelques siècles depuis 1009, depuis que le tombeau avait été démoli par les soldats de Hakim. La roche nue du tombeau apparu de nouveau à la vénération des fidèles. En 1644, les Géorgiens, ne pouvant plus payer leurs droits et supporter les fréquentes extorsions des autorités turques, quittèrent définitivement la basilique du Saint Sépulcre. En 1668, s'en vont également les Abyssinies. Les Franciscains ont pu faire face aux très importantes dépenses et acquérir beaucoup de locaux abandonnés par les autres communautés. La question de la propriété du site est devenue encore plus sensible lorsque le patriarche Dosithée (1669-1707) s'est procuré en 1676 un autre décret lui donnant la possession exclusive du Saint Sépulcre.
La Turquie, face aux protestations de la France, également soutenue par l'Autriche, l'Espagne, la Pologne et Venise, mis en place une commission pour étudier les documents présentés par les deux parties en conflit. La Commission déclara les décrets des Latins authentiques et ceux des Grecs faux. Elle a ensuite ordonné que les Latins soient réintégrés dans leurs droits tels qu'ils étaient avant 1630. La sentence a été officiellement publiée à Jérusalem le 25 juin 1690 en présence des autorités et des partis en lice. Le 29 juin, le Père Custode repris possession du Saint Sépulcre et des autres lieux usurpés. Vers la fin du XVIIe siècle, la coupole conique de l'Anastasis, œuvre de Constantin Monomaque, était en train de tomber en ruine. En 1691, les frères demandèrent les autorisations nécessaires pour pouvoir la réparer mais ils obtinrent un refus du clergé Grec. Après de longues et difficiles négociations, en 1719, ils purent commencer les travaux sur la coupole, le tympan et d'autres zones de la basique et du monastère. Les travaux furent accélérés par l'emploi de 500 travailleurs.
Le dôme et le tympan ont été reconstruits avec des fenêtres aveugles, mais sans remettre les mosaïques coûtant alors trop chers. Le marbre vert foncé de la Pierre de l'Onction, qui appartenait aux Latins pendant près de deux siècles, a été remplacé par un marbre blanc portant les armes des franciscains. Ils ont également reconstruit l'escalier de la chapelle du Recouvrement de la Sainte Croix. Les Arméniens refirent l'escalier de la chapelle de Sainte Hélène et les Grecs démolirent deux étages dangereux du clocher. L'Edicule du Saint-Sépulcre, construit en 1555, a été restauré en 1728. Le dimanche des Rameaux de 1757, les Grecs entrèrent dans le Saint Sépulcre et violemment expulsèrent les Franciscains. Ils les accusèrent de toutes sortes d'intrigues.
La Porte Ottomane émit un décret qui attribuait aux Grecs la propriété de la basilique de Bethléem, le Tombeau de la Vierge Marie et, en commun avec les Latins, des parties du Saint-Sépulcre. Malgré les appels du pape Clément XIII, le sultan resta ferme. En 1808, la basilique du Saint Sépulcre subit un incendie catastrophique causant au Lieu sacré des dommages considérables. A cause des guerres napoléoniennes en Europe, les Franciscains ne réussirent pas à recueillir suffisamment de fonds pour obtenir des Turcs la permission nécessaire à la restauration. La Russie, devenue patronne de l'orthodoxie, obtient la permission d'effectuer la restauration, au nom de l'Église Orthodoxe. Le général Aupick, ambassadeur français, au nom des nations catholiques, a exigé le rétablissement des droits dont jouissaient les Franciscains avant 1757.
Le gouvernement ottoman était alors prêt à accepter quand le tsar de Russie Nicolas est intervenu et a ordonné au sultan de ne pas introduire de changements menaçant de rupture les relations diplomatiques entre les deux pays. La Turquie a donc été obligée d'émettre un décret dans lequel était précisé le maintien du statu quo établi en 1757, niant de cette manière les droits des Latins.

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